Haïti.- Elections ou combats de coqs

Dimanche 29 mars.- Dans la camionnette qui me conduit à Delmas 75, deux hommes tiennent chacun, en main  un coq. Tout parait normal, les coqs bougent à peine, personne n’y voit de mal, jusqu’à ce qu’un des coqs bèque une fille. Elle se plaint à haute voix. Ce coup de bec fait office de mot d’ouverture d’un débat animé sur les combats de coqs. Les arguments étaient d’ordre moral, religieux et sanitaire. Je ne suis pas du genre à prendre part à ces discussions mais je les écoute avec une attention soutenue. Édifiée, j’ai rapidement fait une comparaison entre les combats de coq et les élections haïtiennes.

Je ne suis pas experte en combat de coqs mais j’ai appris certaines notions dans des conversations et lectures de romans haïtiens. Je peux prétendre, en connaissance de cause, avoir rassemblé suffisamment d’éléments, pour conclure que les élections haïtiennes sont un grand combat de coqs. Le pays est une gaguère et la communauté Internationale, la société civile, les marginaux, les chrétiens, et ceux qui croient à tort ne pas faire de politique sont tous présent pour regarder la classe politique se battre. Le vainqueur emporte le butin et fait la fête avec son équipe et ses supporteurs.

Les ressemblances ne s’arrêtent pas là . Deux coqs ne peuvent se partager un même poulailler sans se battre. Les coqs ne se regroupent pas, surtout quand il y a des poules en vue. Tous ces partis politiques sont la preuve que nos politiciens, ces coqs, qui nous réveillent tous les matins à la radio, ne peuvent pas s’entendre. Ils ressentent le besoin de s’affronter et de se diviser. À chaque coq son espace, et en ce qui nous concerne, À chaque coq son parti politique. Dans ces combats les coqs y laissent des plumes, parfois jusqu’à leur sang, mais ils ne cessent pas de se battre pour autant. Seul la mort arrive à bout de leur attitude. Notre coq dictateur se serait présenté au combat s’il n’était pas mort.

La tradition veut que si le propriétaire du coq couche avec une femme la veille du combat, le coq perdra. Les femmes sont donc mises de côté dans les combats. Elles sont là quand on a besoin d’elles, dans la limite où elles ne deviennent ni trop importantes ni trop influentes. En bonne mère poule, elles, ne cherchent pas plus, mais s’accrochent fermement au peu qu’on a bien voulu les laisser.

L’alcool coule à flots dans les gaguères tout comme dans les campagnes électorales. Ce ne sont pas les projets qui séduisent le peuple mais l’argent dépensé. Les candidats font des alliances de toute sorte, misent sur le contenu des caisses de l’état, pour gagner une place au timon des affaires publiques.

Les combats de coqs ne sont pas un jeu pour enfants, les élections non plus. On exclut les jeunes, on utilise des groupes d’étudiants, ceux qui ont compris les règles du jeu et n’ont pas peur de se blesser. Et pourtant ils sont les premiers à payer les frais. Qu’importe le coq qui gagne, la question des jeunes ne constitue jamais une priorité.

Nous, haïtiens, avons grandi au pays du soleil, sur une terre de rythmes et de couleur. Toute cette énergie fait que nous aimons la vie, le rire, le carnaval et les combats de coqs etc. Les prochains combats ne seront pas les derniers, le spectacle va continuer pour le meilleur et pour le pire jusqu’à ce que notre humanité et notre haïtiannité prenne le dessus, alors un bon coq capable de chanter dans tous les poulaillers prendra les devants.

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